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1000 YEARS OLD

Un verger qui n'en est pas un

En Europe, un noyer se remarque de loin : seul au milieu d'un pré, ou aligné dans un verger qui ne fait que ça. À Khotan, il partage. La terre irrigable est comptée, alors l'arbre ne l'occupe pas seul : il est planté au bord des canaux, le long des chemins, dans les cours, et surtout au-dessus des cultures — blé, maïs et coton poussent à son pied.

Ce n'est pas une curiosité locale, c'est la façon normale de cultiver ici. L'arbre donne l'ombre et la noix ; le champ, dessous, continue de donner sa récolte. Le verger planté en blocs, comme en Europe ou en Californie, y reste l'exception.

Ici, l'arbre ne fait pas un verger. Il fait de l'ombre à un champ de blé.

Ce que l'oasis exige

Le noyer est difficile à contenter. Il lui faut un hiver assez froid pour l'endormir tout à fait, un printemps qui ne gèle plus quand il se réveille — il débourre tard, précisément pour éviter les dernières gelées — puis un été chaud et sec pour remplir le cerneau.

Khotan lui donne cela sans effort : un ciel presque toujours dégagé, un été long, un hiver franc. Ce que le lieu ne donne pas, c'est la pluie — quelques centimètres par an, autant dire rien. Toute l'eau vient de la neige fondue du Kunlun, conduite par des canaux jusqu'au pied de l'arbre. Ailleurs, cultiver le noyer demande de corriger le climat. Ici, cela demande de conduire l'eau.

Récolter entre les champs

On ne récolte pas cela comme on récolte un bloc de verger. Les arbres sont dispersés, mêlés aux cultures, souvent vieux et hauts : la récolte se fait arbre par arbre. À l'automne, quand le brou se fend et que les noix tombent, elles sont ramassées, débarrassées de leur brou, puis mises à sécher.

C'est lent, et cela a deux conséquences pour qui achète : la régularité se juge lot par lot, sur pièces, et le calendrier suit la récolte avant de suivre le calendrier commercial.