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1000 YEARS OLD

Le gland de Jupiter

Juglans regia se décompose en deux morceaux de latin : Jovis glans, le gland de Jupiter, et regia, royale. Les Romains ne s'embarrassaient pas de modestie pour nommer ce qu'ils aimaient manger. Ils n'avaient pourtant rien découvert : ils ont reçu l'arbre, comme les Grecs avant eux, par la Perse.

Elle a pris le nom de chaque étape du voyage, jamais celui de son pays.

Une marchandise de caravane

La noix voyage remarquablement bien : dense, nourrissante, protégée par sa coque, capable de tenir des mois sans autre soin qu'un endroit sec. Elle a suivi les routes qui reliaient l'Asie centrale à la Méditerranée — celles qu'on appelle aujourd'hui la route de la soie, nom inventé au XIXe siècle pour un réseau bien plus vieux et bien plus varié que la soie.

En chemin, elle a pris le nom de l'étape précédente plutôt que celui de son pays. Le russe dit « noix grecque », parce qu'elle arrivait par des marchands grecs. L'anglais dit English walnut, parce qu'elle arrivait sur des navires anglais. Personne ne l'a nommée d'après son origine réelle.

Puis l'Europe l'a plantée

Rome a fait ce que Rome faisait : elle a planté. Le noyer a suivi les routes et les monastères à travers la Gaule, l'Espagne et la vallée du Rhin, jusqu'à la limite où le gel l'arrête. Les grands vergers du Dauphiné et du Périgord, plus tard ceux de Californie, descendent tous d'arbres partis d'Asie centrale.

C'est une histoire commerciale autant que botanique. La noix s'est déplacée parce qu'elle se vendait — et elle se vend encore sur les mêmes qualités : elle se garde, elle se transporte, et elle plaît partout.